Ce cours de Michaël Sebban porte sur le Zohar de la parashah Bereshit, commentaire dense puisque le récit des six jours de la création contient, pour le Zohar, tout ce qui adviendra dans la Torah. Le point de départ est la question de Rachi : pourquoi la Torah commence-t-elle par la création plutôt que par le premier commandement donné en Égypte ? Le Zohar ajoute sa propre question : pourquoi la création est-elle associée au nom divin Elohim, et non au Tétragramme, réservé à la formation de l’homme ? Le texte introduit alors une veillée d’étude nocturne, coutume qui fonde notre veillée de Chavouot, où plusieurs sages prennent tour à tour la parole.
Le fil de cette veillée est un verset du Cantique des Cantiques, « qui est celle-ci qui monte du désert », lu non comme une image mais comme un mouvement. Le Zohar isole deux notions associées contre toute attente : un degré du questionnement, lié à Elohim, et un degré démonstratif féminin, associé à la Chekhina. Leur union produit une montée comparée au sacrifice de l’holocauste, offrande entièrement vouée à Dieu, image de la jonction, d’ordinaire impossible, entre le haut et le bas, comme lors du don de la Torah au Sinaï. Le désert est relu comme la parole : seule une parole haute et sainte permet cette jonction, d’où l’exigence de pureté chez celui qui parle. Le raisonnement se déplace vers khatzot, le milieu de la nuit, moment récurrent dans plusieurs épisodes bibliques dont le combat nocturne d’Abraham, point de jonction discret entre tous les mondes.
L’enseignement qu’en tire le Zohar est que chaque verset de la Torah est un mouvement, une clé, et que le rythme de la création, jour et nuit jusqu’au Shabbat, est la pulsation du monde à laquelle l’homme est invité à accorder son existence. Khatzot, comparable au zénith invisible du soleil à midi, est ce point d’équilibre caché où bascule chaque cycle, jonction que même Abraham, selon le Zohar, cherchait avant de la recevoir. Sur le plan pratique, cela invite à une vigilance à ce moment de la nuit, et à concevoir la parole comme un acte reliant le haut et le bas.
