Le cours part de la parashah Noah, au moment où Noé et ses fils sortent de l’arche et reçoivent de Dieu la bénédiction de se multiplier, de remplir la terre et de dominer le monde animal. Le Zohar remarque que cette formule reprend presque mot pour mot celle donnée à Adam le sixième jour de la création, avec quelques nuances entre les deux versets. De là naît sa question : pourquoi cette domination est-elle une bénédiction et non un simple ordre, et cela signifie-t-il qu’après le déluge elle avait été perdue avant d’être redonnée à Noé ? Le Zohar y voit le signe de deux humanités : celle d’avant Noé, rattachée à Adam mais marquée par sa faute, et celle qui recommence après le déluge.
Pour répondre, le Zohar revient à la création d’Adam, façonné à l’image et à la ressemblance de Dieu, le Tzélem et le Dmout, une marque divine distincte de la simple apparence humaine. Tant que cette image restait intacte, les créatures la reconnaissaient et tremblaient devant l’homme, allant jusqu’à se prosterner devant lui, comme le rapporte un midrash sur Adam nouvellement créé. La faute a altéré cette image et inversé le rapport de force : désormais les hommes redoutent les animaux, car aucune égalité n’est possible entre eux. Cette image n’est pas figée mais mouvante, pouvant être conservée, diminuée ou perdue. Une difficulté est relevée : le verset adressé à Noé, au passé, suggère que lui et ses fils, restés justes, n’avaient jamais perdu cette image héritée d’Adam ; la bénédiction reçue après le déluge serait donc moins une création nouvelle que la réactivation, à travers Noé, du lien originel établi à la création du monde.
Le Zohar conclut que la domination de l’homme sur le règne animal dépend de la présence, plus ou moins intacte, de l’image divine que chacun porte ou peut perdre selon sa conduite. Noé, resté fidèle durant le déluge, assure le passage entre les deux humanités, transmettant la bénédiction d’Adam sans rupture. L’enseignement invite chacun à voir dans son comportement ce qui préserve ou efface cette image divine, et à comprendre que rien n’est jamais totalement perdu tant qu’un passeur, comme Noé, permet sa réactivation.
