Le cours part de Genèse 12:4, le verset qui met en œuvre l’ordre reçu par Abram trois versets plus tôt : « Lekh Lekha », quitte ton pays, ton lieu de naissance et la maison de ton père. Le Zohar relève que le texte dit qu’Abram « alla » comme Dieu le lui avait demandé, et non qu’il « sortit ». Or, à la fin de la parashat Noah, Terah, père d’Abram, avait déjà quitté Our Kasdim avec son fils, son petit-fils Lot et sa belle-fille Saraï pour aller vers Canaan, avant de s’arrêter à Haran. Comment Dieu peut-il alors demander à Abram de partir, puisque le départ avait déjà eu lieu ?
Pour répondre, le Zohar distingue deux mouvements : sortir d’une situation, et recevoir une direction pour marcher vers un but. Abram avait déjà accompli seul la sortie hors du monde idolâtre de son père, notamment face au tyran Nimrod, tandis que Terah, lui, n’était sorti que par crainte et par intérêt, ce qui vaut néanmoins comme un début de retour. Ce que Dieu apporte n’est donc pas la sortie, déjà acquise, mais l’indication d’une voie qu’Abram cherchait en vain depuis quatre-vingts ans, comme un homme dans l’obscurité pressentant un centre sans parvenir à l’atteindre. Le Zohar évoque aussi, à partir d’un verset du livre de Job, le compte que chaque homme doit rendre de ses actes avant de quitter ce monde. Reste le cas de Lot, qui « alla » lui aussi avec Abram : il s’y est associé pour apprendre de ses actes, en particulier l’hospitalité, sans toutefois tout en saisir.
En ouvrant ainsi un chemin resté vierge jusque-là, Abraham le rend accessible à tout homme désireux de s’attacher à Dieu : nul ne pourra désormais prétendre l’ignorer, à l’exception de celui qui, comme un enfant capturé et élevé loin de tout repère, n’a jamais pu la connaître, bien qu’il en reste malgré tout redevable. Ceux qui refusent sciemment d’emprunter cette voie demeurent dans le trouble jusqu’à leur dernier jour. Quant à Lot, son suivi imparfait annonce déjà la suite du récit : faute d’avoir vraiment intégré cet enseignement, ses actes finiront par entraîner sa séparation d’avec Abraham.
