Le cours part de l’ouverture de la parashah Lekh Lekha, lorsque Dieu ordonne à Abraham de partir « pour toi » vers la terre qu’il lui indiquera. Plutôt que la question classique sur cette formulation, le Zohar s’attarde sur un détail troublant : une fois entré en Israël, Abraham ne s’y installe pas. Il erre, une famine le chasse en Égypte, il en revient, et c’est seulement alors qu’il bâtit un autel à Béthel et invoque le nom de Dieu. Pour le Zohar, cet itinéraire erratique n’est pas un simple fait géographique : il traduit une progression intérieure de l’âme, qui avance par étapes vers un lieu qui lui soit propre.
Pour éclairer cette dynamique, le cours suit la lecture que le Zohar fait d’un verset d’Isaïe distinguant deux degrés de l’âme, associés à la nuit et au matin. Chaque nuit, en s’endormant, l’âme se détache du corps et s’élève, ne laissant qu’une trace suffisante pour maintenir la vie — d’où l’idée que le sommeil équivaut à un soixantième de la mort. Cette montée dépend de la pureté acquise dans la journée : retenue par des forces impures, une âme reçoit une connaissance brouillée, parfois vraie mais trop tardive pour agir, comme l’illustrent les songes du panetier et de l’échanson dans la prison de Joseph. Une âme qui franchit cette première étape s’élève au contraire bien plus haut, jusqu’à se tenir, selon l’image du Zohar, face au Roi, et reçoit alors une connaissance anticipée, capable d’éviter des décrets avant qu’ils ne se réalisent, comme le suggèrent les figures de Bilam ou de Daniel.
Le Zohar relie enfin ce mouvement nocturne au parcours d’Abraham : l’entrée dans le pays correspond au degré de Nefesh, marqué par le premier autel ; les pérégrinations en Israël, à celui de Roua’h ; et c’est le détour par l’Égypte qui ouvre à la Neshama, scellée par l’autel de Béthel. La leçon qui s’en dégage : la qualité du jour vécu détermine la hauteur atteinte la nuit, et la Neshama vient d’elle-même une fois Nefesh et Roua’h acquis.
