Ce cours s’ouvre sur un verset du Deutéronome qui décrit la terre d’Israël comme une terre où l’on ne mangera pas son pain dans la pauvreté et où rien ne manquera « en elle » (ba), ce mot étant répété deux fois dans le verset. Le Zohar s’interroge sur ce redoublement et pose, par la voix de Rabbi Éléazar, un principe fondamental : à la différence des autres nations, dont l’influx divin passe par un ange ou un intermédiaire céleste, la terre d’Israël reçoit sa bénédiction directement de Dieu, sans aucun intermédiaire.
Cette relation directe fait de la terre d’Israël le premier maillon d’une chaîne de bénédiction destinée ensuite au monde entier, d’où sa sainteté doublée, la sainteté se définissant ici comme la conjonction d’une séparation et d’un lien. Le Zohar rapproche alors ce statut unique d’un autre verset qui compare, de façon surprenante, la vallée de Sodome et la terre d’Égypte au « jardin de Dieu » : ces deux terres n’ont pas besoin de pluie, irriguées en permanence par le Nil ou par leurs propres sources, à la différence d’Israël qui dépend du ciel. Mais ce privilège, loin d’égaler la sainteté d’Israël, rend ces nations plus vulnérables encore : refuser de reconnaître la terre d’Israël comme source de toute bénédiction entraîne une conséquence plus grave que le simple manque de pluie.
C’est précisément cette autosuffisance qui a perdu Sodome, conclut le Zohar : comblée de richesses, elle a refusé de les laisser circuler vers les pauvres et les étrangers, fermant son œil par avarice. Le Zohar en tire un principe général, valable bien au-delà de Sodome : celui qui partage généreusement assure sa propre pérennité dans ce monde et dans le monde à venir, tandis que celui qui retient tout finit par tout perdre, car la bénédiction, comme la terre d’Israël elle-même, n’a de valeur que tant qu’elle circule.

