Ce cours s’ouvre sur un verset des Tehilim : « Heureux celui que Tu as choisi et rapproché, il résidera dans Tes parvis ». Le Zohar l’applique à Abraham, dont le verset dit qu’il était « vieux, entré dans les jours » : non pas simplement âgé, mais parvenu, degré après degré et jour après jour, à un niveau supérieur qu’aucun raccourci n’aurait pu lui donner. Toute sa vie, son désir fut tourné vers ce rapprochement, et c’est cette constance, étape après étape, qui a fini par le faire entrer dans les « jours supérieurs ».
Le Zohar soulève alors un paradoxe : le maître du repentir (ba’al teshouva) peut atteindre en un seul instant ce qu’Abraham a mis toute une vie à bâtir. Un premier avis affirme qu’il parvient ainsi au même degré que les justes accomplis. Un second avis, plus audacieux, soutient qu’il peut même les dépasser, car il active un élément moteur différent, appelé la « volonté du cœur » : là où le juste gravit patiemment chaque marche, celui qui revient à Dieu se branche directement sur ce qui fait monter.
Mais le Zohar pose aussitôt une limite : tout ce dont il vient d’être question relève du « parvis », la cour extérieure du palais royal, non de la demeure elle-même. On peut y accéder plus ou moins vite selon son élan du cœur, mais entrer dans les degrés intérieurs exige une tout autre clé : une qualité d’âme forgée par le travail vécu, qu’aucun instant, si intense soit-il, ne peut à lui seul remplacer.

