Le cours part du verset qui décrit Noé comme un homme juste, intègre en sa génération, et de la question classique que ce qualificatif soulève : cette justice était-elle absolue, ou seulement relative à une génération corrompue ? Le Zohar radicalise la question : un véritable juste devrait pouvoir, tel un pilier, faire reposer sur lui la survie du monde – or Noé n’a sauvé que les siens. Le texte compare son cas à celui de Moshé, qui a réussi à sauver Israël après la faute du Veau d’or, pour se demander si Noé a simplement manqué de mérite, ou si son cas est plus subtil.
Le raisonnement, porté par les avis de Rabbi Yéhouda et de Rabbi Yits’hak, relève que Moshé lui-même n’avait invoqué que le mérite des patriarches Avraham, Yits’hak et Yaakov, non le sien propre ; venu juste après Adam, déjà fautif, Noé ne disposait d’aucune référence semblable. Le Zohar écarte aussi l’idée d’un sacrifice salvateur, une offrande ne réparant qu’une faute involontaire suivie de repentir, jamais une faute volontaire assumée. Il explique la peur de Noé pour lui-même par le fonctionnement de la rigueur divine, qui une fois déclenchée ne distingue plus le juste du mécréant, comme un fléau emportant tout sur son passage – sa survie relevant d’une pure bonté divine. Le texte rappelle enfin qu’il avertit sa génération pendant les cent ans de construction de l’arche, ce qui le décharge dès lors que l’avertissement est refusé.
L’enseignement final tient dans la promesse divine « je maintiendrai mon alliance avec toi », prononcée juste avant l’entrée dans l’arche : elle désigne Noé comme le pilier – Yesod, dans le langage des sefirot – sur lequel repose désormais la continuité du monde, au même titre que Yossef collectera la bénédiction en Égypte. La guématria du nom Noah, lue comme le jardin de la lettre Hé – associée à Malkhout – et comme l’inversion du mot « grâce », conforte cette place. La leçon pratique est claire : le juste doit avertir sans illusion, accepter les limites de son influence, et se préserver lui-même – il n’est pas fait pour mourir avec sa génération, mais pour rester le fondement sur lequel les générations suivantes se reconstruiront.
