Le cours part d’un passage du Zohar sur la Parashat Vayéra, dans le prolongement de l’évocation de l’Aqéda, la ligature d’Isaac par son père Abraham. Rabbi Chimon Bar Yohaï s’interroge sur ce qu’est une épreuve, aussi bien pour l’homme que, en quelque sorte, pour Dieu lui-même, et prend appui sur un verset d’Isaïe (63,9) : « Dans toutes leurs souffrances, souffrance pour Lui, et l’ange de Ses faces les a sauvés » pour comprendre comment cette épreuve a transformé Abraham et ce qu’elle enseigne sur la délivrance future d’Israël.
Le Zohar s’arrête sur une particularité de l’écriture de ce verset : un cas où le mot hébreu « lo » est écrit avec un aleph, qui signifie « pas de souffrance », mais lu avec un vav, qui signifie « pour lui ». Cette double lecture révèle deux degrés : un degré supérieur, celui du aleph, où la souffrance n’existe pas, et un degré plus bas, celui du vav, où Dieu souffre avec Israël en exil à travers la Chekhina, ici désignée comme « l’ange de Ses faces ». Rabbi Chimon Bar Yohaï montre que ces deux degrés ne s’opposent pas : c’est parce qu’il existe une alliance antérieure, scellée par les trois patriarches Abraham, Yitzraq et Yaacov, associés respectivement au sud, au nord et à l’union des deux, que la souffrance d’en bas peut remonter jusqu’au lieu où il n’y a pas de souffrance. Le cours relie ce mécanisme au modèle de toute délivrance, la sortie d’Égypte, où la plainte du peuple ne parvient jusqu’à Dieu que parce qu’une alliance la précédait déjà.
Le Zohar en tire que la délivrance ne consiste pas à nier la souffrance d’en bas, mais à relier le degré où l’on souffre à celui où il n’y a pas de souffrance, à l’image de la jonction que le récit de la Création opère déjà entre le jour et la nuit. C’est cette union entre le haut et le bas, scellée depuis les patriarches, qui garantit qu’Israël n’est jamais seul dans l’exil et que sa délivrance, déjà engagée par cette alliance, finira par se manifester pleinement.

