Ce cours du Zohar, tiré du texte de Hoq Lé-Israël pour le lundi de la parasha Vayishlah, s’ouvre sur une question posée par Rabbi Abba : pourquoi Jacob a-t-il pris l’initiative d’envoyer des messagers à son frère Essav, alors qu’il aurait pu, selon le verset des Proverbes cité plus loin, simplement se taire et laisser leur histoire là où elle en était ? Une première réponse situe ce geste dans le rapport des deux frères à leur père Isaac : le Ramak rappelle qu’Essav partage avec lui le même axe de rigueur (Gevoura), au point qu’Isaac avait d’abord voulu lui transmettre sa propre bénédiction.
Jacob sait qu’Essav respecte profondément leur père et que, tant qu’Isaac est vivant, la colère d’Essav reste contenue par cette rigueur paternelle : chercher la paix maintenant, c’est donc saisir le moment où elle est encore possible. Rabbi Chimon propose ensuite une seconde lecture, à partir d’un verset des Proverbes : « Mieux vaut être dédaigné et avoir le mauvais penchant comme esclave, que d’être honoré et manquer de pain. » Appliqué d’abord au Yetser Hara, ce verset enseigne que s’abaisser devant Dieu transforme le penchant en serviteur, alors que s’honorer soi-même prive de ce « pain » qui est la Emouna, la foi. Relu ensuite à propos de Jacob et Essav, le même verset s’inverse : c’est Jacob, le « dédaigné », qui s’abaisse devant Essav pour que celui-ci devienne à terme son serviteur, car Jacob choisit de différer jusqu’à la fin des temps la bénédiction reçue d’Isaac – « les peuples te serviront » – plutôt que de la réclamer tout de suite.
Le Zohar qualifie ce choix de la plus grande sagesse de Jacob, plus décisive encore que les deux acquisitions de la bekhora : en laissant Essav jouir pour un temps de l’abondance matérielle, Jacob réserve pour la fin des temps la véritable bénédiction. La prophétie de Hanna, selon laquelle les adversaires de Dieu, même parvenus au sommet, finissent par être abaissés, vient confirmer cette perspective. Le cours se referme sur l’image de Jacob laissant Essav prendre les devants pour le rejoindre plus lentement, un rythme que la tradition associe au temps propre de la Guéoula, la délivrance finale.

